︎︎︎



EPISODE I

Why photography ?


Rose Shoshana,
Rose Gallery


 









Chère Valérie,

Aujourd'hui, je pense beaucoup à la photographie car je travaille sur un projet pour une initiative conçue par des femmes qui traite de la race et de l'inégalité des sexes.  L'idée m'est venue de présenter les travaux de Leni Riefenstahl accompagnés d'un texte de Susan Sontag, qui a écrit sur Riefenstahl en 1975. Alors, qu'ai-je à dire sur la photographie aujourd'hui ? Depuis de nombreuses années, nous discutons du concept de la photographie comme propagande.

Je ne peux penser à un meilleur exemple que les travaux de Leni Riefenstahl, une femme complexe et fascinante que beaucoup considèrent comme une brillante photographe et cinéaste. Riefenstahl est surtout connue pour "Triumph des Willens", le film de propagande qu'elle a réalisé en 1935 pour Hitler et le parti nazi. Riefenstahl a également réalisé "Olympiad", un film sur les Jeux Olympiques de 1936 qui se sont déroulés à Berlin.

Elle est connue pour sa cinématographie novatrice et son obsession de la perfection du corps humain.  "Je suis fascinée par ce qui est beau, fort, sain, ce qui est vivant. Je recherche l'harmonie", dit-elle dans une interview dans les années 1970.









Leni Riefenstahl, Olympia, 1936.

 
Leni Riefenstahl Team, Berlin, Olympia, 1936.
 

 
 
Leni Riefenstahl,  Die Nuba, 1973.

_





En 1973, Riefenstahl s'est rendu au Soudan pour photographier le peuple nubien.  A ce moment, sa fascination pour la perfection de la plastique humaine s'est concentrée sur les plus beaux et les plus éblouissants corps d’hommes et de femmes nubien qu'elle photographie avec grand plaisir.
Je suis fascinée depuis de nombreuses années par le travail photographique et cinématographique de Riefenstahl.
Elle a très bien compris que ses images de corps athlétiques et sains complètent parfaitement les idéaux du national-socialisme.  Il y a le Père tout-puissant, Hitler, qui conduira le peuple, et parmi lui seulement les sujets parfaits, vers la grandeur et un Etat parfait.


Leni Riefenstahl, Olympia, 1936


Leni Riefenstahl,  Nuremberg Rally, 1935

_


from : Rose Shoshana

to : Savage
date : 16/07/2020



Ma belle,

Nous vivons une époque des plus intéressantes.  Le covid-19, aussi horrible soit-il, fait que l’on retire les voiles sur tant de questions importantes sur la gestion de notre société. La disparité entre les races et l'inégalité des sexes est au premier plan de nos préoccupations. Mais ce n'est pas seulement le privilège patriarcal des hommes blancs... il s'agit aussi des femmes blanches et de la façon dont "nous" avons non seulement bénéficié de ce système mais aussi l'avons promu et y avons participé activement.  Quel est le lien avec la question de ma réflexion sur la photographie ?  Depuis de nombreuses années, je me suis "produite" en tant que fondatrice d'une galerie qui a montré une myriade d'artistes dont les œuvres m'ont paru significatives.  Je n'ai pas tenu compte du sexe ou de la race car je me suis concentré sur les œuvres qui me passionnaient.  En ce moment, je remets tout en question.  Je pense que la jeune génération de photographes et de conservateurs doit prendre le relais.  Je veux être un vecteur du grand changement qui se produit et permettre à de jeunes voix et nouvelles de se faire entendre.  Hier, je vous écrivait à propos de Leni Riefenstahl. C'est une femme à laquelle je pense depuis de nombreuses années.

Pourquoi ?  Riefenstahl a compris le pouvoir de la photographie et du cinéma. Elle a profité de tous les avantages dont elle disposait pour faire de belles images. Elle ne l’a peut-être pas réalisé à l'époque, mais elle a fait de la propagande et a stimulé le mouvement national-socialiste en Allemagne qui a conduit au succès du Troisième Reich.

La question concernant Leni a toujours été la suivante: pouvons-nous apprécier ses talents d'artiste sachant que ses œuvres promeuvent des idéaux qui ont conduit au fascisme et à l’issue la plus déplorable pour l'humanité ? 

from : Rose Shoshana

to : Savage
date : 17/07/2020



Bonjour, chère Valérie,

Je n'en suis pas encore arrivé au point final.  J'écris comme je pense, bien que ce ne soit peut-être pas si productif pour ce que vous cherchez…

Ce que je pense de la photographie aujourd'hui, c'est qu'elle se déplace et se transforme d'une manière que nous n'aurions pu imaginer il y a six mois.  Comme nous l'ont montré les images des manifestations qui ont eu lieu dans le monde entier ces deux derniers mois, à la suite du meurtre de George Floyd, la photographie documentaire occupe une place centrale, elle est utilisée comme un outil de changement.  Tout comme les photographies de Dorothea Lange ont contribué à façonner les politiques du gouvernement des États-Unis en créant du travail pour les sans-emploi, les images de l'inégalité et de la disparité raciales dans ce pays documentent aujourd'hui une époque de changement. Nous sommes au milieu d'un grand bouleversement social et les photographes sont en première ligne.

Si, dans les années 30, Leni Riefenstahl, l'une des premières à avoir saisi l'importance de la photographie, l'a usurpée pour réaliser des œuvres qui ont contribué à l'expansion du Parti national-socialiste et à l'arrivée au pouvoir du Troisième Reich, au même moment, de l'autre côté de l'Atlantique, Dorothea Lange, a également compris le pouvoir d'une image. Elle s'est assurée que ses images se retrouvent entre les mains de fonctionnaires du gouvernement qui avaient le pouvoir de créer des programmes sociaux et d'aider les personnes affamées, sans emploi pendant la Grande Dépression.
from : Rose Shoshana

to : Savage
date : 18/07/2020


David Raymond,
collector







La surréalité... collectionner et déplacer

André Breton, dans son Manifeste surréaliste en 1924, a écrit : "Je crois en la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut ainsi dire".

Pour ceux d'entre vous qui ne me connaissent pas, je suis enclin à collectionner la photographie surréaliste depuis près de 30 ans.  Les images font appel à mon désir d'explorer les profondeurs du subconscient et les états de rêve où tout est possible.  Où la réalité et le surréalisme s’agencent et divergent.  Certaines images avec lesquelles je vis sont un « présent » qui me surprend chaque jour et m'apprend d'autres manières de "voir" et d'interpréter tout ce qui se déroule devant moi.

Je n'aurais jamais imaginé que les paroles prophétiques de Breton convergent vers notre forme collective de réalité.  Le temps est arrivé où il faut s'interroger sur la validité d'une image ou d'une vidéo et sur son intention ultime.  Nous sommes tellement inondés d'images que la plupart d'entre nous, à ce stade, succombent probablement à la dissonance cognitive, mettent les mains en l'air en s’écriant "et voilà !’’. Où cela nous mène-t-il ?  
À remettre en question tout ce qui nous est présenté que ce soit des images ou des mots écrits. Il nous faut commencer à écouter notre voix intérieure pour la vérité absolue, toujours là pour vous lorsque vous savez "écouter" et  "regarder" vraiment.  André Breton a initié une révolution de la perception qui a commencé il y a près de 100 ans.  Nous savons que nous avons là l'opportunité d'écouter cet appel et d'y répondre.
Je me réjouis des leçons apprises et de celles à venir.
                                            

Lee Miller by Man Ray, circa 1929 -1930 


  
Protesters demanding Florida businesses and government reopen, march in downtown Orlando, Fla., Friday, April 17, 2020. Small-government groups, supporters of President Donald Trump, anti-vaccine advocates, gun rights backers and supporters of right-wing causes have united behind a deep suspicion of efforts to shut down daily life to slow the spread of the coronavirus. (AP Photo/John Raoux)

_

from : David Raymond

to : Savage
date : 15/07/2020

Marc Donnadieu,

conservateur en chef au Musée de l'Élysée, Lausanne







Comme toute œuvre d’art, la photographie m’est nécessaire parce qu’elle me permet de sortir de moi-même, de comprendre et de mieux vivre le monde qui m’entoure. L’art m’éclaire et j’ai besoin de sa clarté. La photographie aurait, elle, comme spécificité cette impression tenace à mes yeux et à mon esprit que son auteur y affirme toujours quelque chose de lui-même et de sa relation au monde dans lequel il se tient, et où il a planté son appareil photographique. Le photographe et la photographie appartiennent et se relient directement au monde. Et cette appartenance et cette liaison sont particulièrement bouleversantes dans chaque photographie et cela autant dans l’image qui nous est donnée à voir, que dans l’acte lui-même de faire, de produire, de réaliser cette image-là, à ce moment-là du temps et du monde. De tous les arts, la photographie est le plus « situé », elle prend possession en même temps qu’elle prend position. Il ne reste qu’à réfléchir cette « prise de possession » et à prendre acte de cette « prise de position ».
from : Marc Donnadieu

to : Savage
date : 24/06/2020

Rémi Coignet,

auteur, critique, éditeur

Parce que la photographie pose d’infinies questions

Parce que son sens est instable

Parce qu’elle est un objet plastique

Parce que, loin d’être morte, elle est partout

Parce qu’elle peut être tant de choses : une œuvre,

un document, un souvenir, une information

Parce qu’elle peut glisser de l’une à l’autre de ces catégories

Parce qu’elle est donc un objet impur

Parce que, dans le meilleur des cas, elle peut

susciter une émotion, un choc esthétique donc intellectuel

Parce que je n’en connais pas de définition satisfaisante

Parce que, pour citer Mishka Henner, Photography Is.

from : Rémi Coignet  
to : Savage
date : 20/06/2020
 

 

︎︎︎    ︎︎︎


︎